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Nouvelle avancée dans la compréhension du cerveau: celui-ci serait forcé d’oublier lors d’une phase d’apprentissage.

Tout en apprenant, le cerveau cherche à oublier. C’est la surprenante découverte de chercheurs espagnols du Laboratoire européen de biologie moléculaire et de l’Université Pablo Olavide de Séville. L’étude, publiée dans la revue Nature Communication démontre que des mécanismes neuronaux seraient dédiés à l’oubli d’informations lors d’une phase d’apprentissage. Comme l’explique Steve Masson, professeur à l’UQAM, “pour apprendre, le cerveau doit établir de nouvelles connexions entre les neurones du cerveau. Une fois créées, ces connexions peuvent se renforcer ou s’estomper, voire disparaître.”

“C’est la première fois que l’on découvre une voie cérébrale liée à l’effacement actif de souvenirs”, explique Cornelius Gross, directeur des travaux réalisés sur des souris. Paradoxalement, les recherches ont montrés que cette zone d’oubli, située dans le gyrus dentelé, sert également à la formation de souvenirs.

“Les nouvelles informations entrent dans cette zone par une voie principale, et lorsque les souvenirs sont consolidés, les connexions entre les neurones sont renforcées”, expliquent les chercheurs. Cependant, en bloquant cette voie, les scientifiques ont constaté que les souris n’étaient plus en capacité de réaliser un apprentissage pavlovien, c’est-à-dire d’associer un son à un conséquence puis d’anticiper cette conséquence.

Le saviez-vous? En 1889, Ivan Pavlov montre qu’en accoutumant un chien au son d’une cloche pendant son repas, il est ensuite possible de déclencher la salivation à l’aide du seul son de la cloche. C’est un “réflexe conditionnel”.

Cerveau, Hugues Duffau

Crédit photo: Flickr – Army Medicine

En poursuivant les recherches, les scientifiques se sont aperçus que si un apprentissage avait été réalisé avant le blocage de la voie, les souris conservaient leurs réflexes. “Preuve que ce circuit cérébral est impliqué dans la formation de souvenirs mais n’est pas essentiel pour se les remémorer”, expliquent les chercheurs, qui supposent alors l’existence d’une deuxième voie dans l’hippocampe, dédiée à la re-mémorisation.

Un espace limité

Conséquence aussi inattendue que surprenante, le blocage du réseau de souvenirs a affaibli les connexions neuronales. En d’autres termes, les souvenirs ont été effacés de la mémoire des souris. Les scientifiques, surpris, en ont déduit qu’il existait une troisième voie, consacrée à l’oubli, activée seulement pendant les phases d’apprentissage.

“Nous pensons que cela est lié au fait que l’espace dans le cerveau est “limité”, donc pour apprendre, il serait nécessaire d’affaiblir quelques connexions neuronales pour laisser la place à d’autres”, avance Cornelius Gross. “Ainsi, pour apprendre de nouvelles choses, vous devez oublier ce que vous avez appris avant.” Alors même que d’après une étude américaine la capacité de stockage du cerveau représenterait l’équivalent 1 pectaoctet (10 puissance 15), soit une capacité équivalente à celle du Web, elle serait donc limitée.

Ambitieux, les chercheurs espèrent que cette découverte pourra venir en aide aux humains: “ce type de traitements pourrait s’avérer utile aux personnes atteintes de stress post-traumatique et souhaitant oublier une expérience traumatisante”, concluent-ils.

Crédit photo principale : Pixabay – geralt

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