Martin Scorsese, 5 chefs-d’œuvre du maître de l’American Crime

De la même façon que pour les frères Coen, il est relativement difficile, et réducteur, de résumer la carrière de Martin Scorsese en seulement cinq films. Mais cette nouvelle chronique classe les œuvres de façon purement subjective et n’a pas pour but d’établir une hiérarchie dans la filmographie mais davantage de proposer un voyage au cœur d’un véritable monument du cinéma, en la personne de Scorsese.

À peine le temps d’apprécier un film, un livre, une œuvre artistique, qu’une autre prend le pas et l’oubli s’occupe du reste. Pourtant de grands noms ont déjà jalonné notre vie, la comblant d’images, d’émotions, de souvenirs ancrés à jamais dans nos mémoires. L’occasion pour Toolito d’exhumer certaines œuvres, le résumé de carrière longue comme le bras, quelques mots pour faire la différence entre le 7ème art et les films fast food.

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Mean Streets – 1973


D’une certaine manière Mean Streets est la suite spirituelle de Who’s That Knocking at My Door, le premier long métrage de Martin Scorsese, une suite qui reprend le même acteur référence (Harvey Keitel) et surtout de nombreux thèmes : le portrait d’un quartier américain, de business men en devenir. Bien que Keitel soit le premier rôle du film, Mean Streets appartient dans sa totalité à Robert De Niro qui nous offre une performance électrique, et une superbe définition de ce qu’est une force de la nature. La musique est également un élément essentiel de ce premier film, une musique populaire que Scorsese distille avec intelligence, en témoignent les paroles délirantes de ce Rubber Biscuit qui accompagnent les délires alcoolisés de Harvey Keitel.

Taxi Driver – 1977


Un classique parmi les classiques, le chef d’œuvre incontesté de Scorsese qui affirme son goût immodéré pour les anti-héros. Robert De Niro est fantastique dans ce rôle de chauffeur de taxi, vétéran du Vietnam et de la vie en général, un homme qui regarde le chaos grandir et engorger les rues de sa bien-aimée New York. Le chauffeur se transforme alors en gardien des rues, un type instable qui se confronte à une réalité qui l’afflige, une plongée dans l’horreur urbaine qui trouve son paroxysme dans un bain de sang resté emblématique au cinéma. Cette scène n’est pas remarquable dans sa violence sauvage, car bien des films ont surpassé ce côté sanguinaire et sanguinolent, mais elle est remarquable dans son caractère inévitable.

Raging Bull – 1980


En revoyant Raging Bull, je me suis rappelé qu’un biopic n’était pas forcément chiant, vous savez cette langueur mielleuse qui nous fait par moment détester le mot histoire. Raging Bull est un biopic, sombre comme jamais. Je n’apprends rien à personne mais Robert De Niro est un grand acteur, un immense acteur qui offre ici, une fois de plus, une performance catégorie poids-lourd, en incarnant le champion de boxe Jake LaMotta. La force de Scorsese est de trouver l’humanité au cœur de cette furie toute masculine, de donner du sens à ces coups et ce sang. Raging Bull n’est pas seulement une œuvre majeure dans la filmographie de Scorsese, elle l’est de manière universelle.

La Valse des Pantins – 1983 (The King of Comedy)


Est-ce une comédie ? Est-ce un drame ? Seul Scorsese est capable de répondre à cette question qui hante de nombreux spectateurs. La Valse des Pantins a longtemps été jeté aux oubliettes, un film incompris, autant par le public que par les critiques, une ambiguïté de styles et une histoire dérangeante trop avant-gardiste pour l’époque. Scorsese nous invite à découvrir la perversité de l’idolâtrie, du plaisir émanant de la célébrité à travers le jeu certes puissant mais néanmoins atypique de Robert De Niro et Jerry Lewis. La fin du film est selon moi magistrale, un film qu’il convient de regarder plusieurs fois pour en déceler toutes ses subtilités.

Les Affranchis – 1990 (Goodfellas)

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Beaucoup de gens considère que ce film en fait trop, trop de personnages, trop de sang, trop d’histoires horripilantes, trop de psychoses. Selon moi, ces gens se trompent sur cette pièce maîtresse 1990s. Erreur car ce film est en fait tiré d’une histoire vraie, celle de la découverte de corps après le casse de la Lufthansa dans les années 1970. Grossière erreur ensuite car il me semble que Scorsese réussit avec Les Affranchis à donner un cours magistral de cinéma : la virtuosité avec laquelle il manie toutes ces histoires montre tout simplement une technique sans faille, une justesse inégalée. La dernière erreur liée au fait de ne pas aimer ce film, est qu’il certain que sans Les Affranchis de nombreux cadors du cinéma seraient orphelins, je pense à Tarantino, Rodriguez et Anderson.