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L’histoire a tout d’un mauvais film d’espionnage. Le gouvernement des Emirats Arabes Unis qui mandate des hackers israéliens pour mettre sur écoute les smartphones de nombreuses personnalités (notamment des responsables politiques et des journalistes)… avant que toute l’histoire ne soit rendue publique. Les pieds nickelés au pays de l’or noir et à l’ère des spywares.

L’histoire est embarrassante pour le gouvernement des Emirats Arabes Unis. Pendant plus de cinq ans, les autorités des EAU ont utilisé un logiciel espion (spyware) développé par une officine israélienne (NSO Group) pour pénétrer et mettre sur écoute les smartphones de plusieurs dissidents, mais également de journalistes et de dirigeants étrangers (tentant notamment de mettre sur écoute l’émir du Qatar, le Premier ministre libanais et un prince saoudien).

Une opération d’espionnage à grande échelle qui a tourné au vinaigre ces derniers mois. Les échanges entre les hackers du NSO Group et des responsables émiratis ont été rendus publics ne laissant guère de place à l’imagination. Les Emirats Arabes Unis payaient à prix d’or un accès illégal aux communications téléphoniques d’un certain nombre de personnes.

Parmi les personnes ciblées se trouve Abdulaziz Alkhamis, un journaliste saoudien qui a eu la mauvaise surprise de découvrir récemment des enregistrements de certains de ses appels téléphoniques que les équipes de NSO Group avaient envoyés aux autorités des EAU comme preuve de leur efficacité opérationnelle.

L’échange de mails a été rendu public et a pavé la voie aux révélations sur le scandale de l’espionnage à grande échelle de smartphones. Comment opéraient les hackers ? Ils réussissaient à prendre le contrôle des appareils via des messages faussement anodins. Par exemple : « le ramadan approche : des discounts exceptionnels ». En cliquant sur le lien les victimes donnaient accès à leur téléphone aux hackers.

D’après le New York Times, le gouvernement des Emirat Arabes Unis aurait payé 18 millions de dollars depuis 2013 à NSO Group, puis 11 millions à l’une de ses filiales basée à Chypre. Parmi les requêtes des autorités des EAU, le journal évoque une tentative pour mettre sur écoute l’émir du Qatar et le prince saoudien Mutaib bin Abdullah (un temps pressenti pour devenir l’héritier du trône), mais aussi le Premier ministre libanais Saad Hariri.

La collaboration entre le gouvernement émirati et le NSO Group a été mentionnée une première fois en 2017 quand Ahmed Mansoor, un défenseur émirati des droits de l’Homme a dénoncé une tentative de piratage de son iPhone. M. Mansoor a depuis été arrêté et est actuellement incarcéré à Abu Dhabi.