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« On y croit ou on n’y croit pas, mais pour nous ça a marché » : ces sourciers troublent jusqu’aux géologues les plus sceptiques

Alexandre Darengosse, un éleveur de chèvres situé dans la pittoresque commune de Sospel, dans les Alpes-Maritimes

Alexis Vernier Par Alexis Vernier
4 min de lecture
« On y croit ou on n’y croit pas, mais pour nous ça a marché » : ces sourciers troublent jusqu’aux géologues les plus sceptiques
Illustration de la recherche d'une source d'eau par un sourcier à l'aide de baguettes, générée par intelligence artificielle.

En bref

  • Alexandre Darengosse, éleveur à Sospel, utilise la sourcellerie pour trouver de l’eau en période de sècheresse.
  • Véronique Wurtz, présidente des sourciers, explique que leur technique repose sur une connexion avec la nature et l’utilisation de baguettes.
  • Les scientifiques, comme l’Observatoire zététique, remettent en question la validité scientifique de cette pratique, bien que des résultats concrets soient observés.
  • Patrick Lachassagne souligne que le succès des sourciers est souvent dû à la présence fréquente de nappes souterraines en France, accessibles même sans leur intervention.

Alexandre Darengosse, un éleveur de chèvres situé dans la pittoresque commune de Sospel, dans les Alpes-Maritimes, a longtemps lutté pour avoir un accès régulier à l’eau potable. Habitant une région montagneuse où le réseau d’eau public est difficilement accessible, il a dû chercher des solutions alternatives pour abreuver ses chèvres et produire ses fromages. Face à des sécheresses de plus en plus fréquentes, il s’est tourné vers une méthode ancestrale : la sourcellerie. Encouragé par son entourage, Alexandre a décidé de faire appel à un sourcier, espérant qu’il pourrait trouver une source d’eau souterraine sur son terrain.

Le mystère des sourciers et de leurs techniques

La sourcellerie, une pratique ancienne mais toujours intrigante, repose sur l’utilisation de baguettes pour détecter les veines d’eau souterraines. Véronique Wurtz, présidente par intérim de l’association Sourciers et géobiologues d’Europe, décrit son travail comme une connexion profonde avec la nature. Les sourciers, armés de leurs baguettes, parcourent le terrain à la recherche de la moindre vibration indiquant la présence d’eau. Lorsque les baguettes se croisent, cela signifie qu’une veine d’eau est présente en dessous.

C’est cette méthode que de nombreux particuliers et collectivités choisissent pour localiser des réserves d’eau, souvent après avoir entendu parler de la réussite d’un sourcier par le biais du bouche-à-oreille. Alexandre Darengosse, par exemple, a été convaincu par l’expérience positive de ses voisins. En échange de 70 euros, son sourcier a identifié plusieurs points d’eau potentiels sur son exploitation, utilisant un pendule pour estimer la profondeur des sources.

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La radiesthésie face au scepticisme scientifique

Malgré le succès apparent des interventions des sourciers, leur méthode reste controversée. Florent Martin, porte-parole de l’Observatoire zététique, s’intéresse à ces pratiques qui relèvent davantage de la croyance que de la science. Il a mené des expériences pour évaluer la fiabilité de la radiesthésie, mais les résultats n’ont pas permis de valider scientifiquement la détection d’eau par les sourciers. Les sourciers eux-mêmes sont souvent convaincus de l’efficacité de leur pratique, car ils observent des résultats concrets.

En effet, Alexandre Darengosse a réalisé un forage de vingt-cinq mètres à l’endroit indiqué par son sourcier, déboursant 9.000 euros pour un puits qui lui assure désormais un accès quotidien à deux mètres cubes d’eau. Damien Debiaune, propriétaire de l’entreprise de forage, admet son scepticisme initial, mais constate que la plupart des forages basés sur les conseils de sourciers aboutissent à la découverte d’eau.

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Les raisons d’un succès apparent

Patrick Lachassagne, président du Comité français d’hydrogéologie, apporte un éclairage scientifique sur le succès des sourciers. Selon lui, la plupart des régions françaises possèdent des nappes d’eau souterraines à faible profondeur. Ainsi, les chances de trouver de l’eau en creusant, même sans l’aide d’un sourcier, sont élevées.

Les besoins en eau des particuliers sont généralement modestes, ce qui augmente la probabilité de succès. Cependant, pour des besoins plus importants, comme ceux des exploitations agricoles, il est nécessaire de faire appel à des hydrogéologues professionnels. Ces experts, formés à l’université, réalisent des études géophysiques pour déterminer précisément l’emplacement et la profondeur des forages, bien que leurs services soient plus coûteux que ceux des sourciers.

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Les limites de la sourcellerie et le rôle des médias

Bien que la sourcellerie suscite l’intérêt, elle présente des limites. Les interventions infructueuses sont souvent oubliées, les clients se concentrant sur les succès, un effet connu sous le nom de biais de confirmation. Virginie Bagneux, chercheuse en psychologie sociale, souligne que les sourciers peuvent utiliser un langage complexe pour impressionner leurs clients.

Les médias jouent un rôle crucial dans la perception publique de la sourcellerie. Certains articles mettent en avant son aspect mystique sans fournir de contre-arguments scientifiques. Mikaël Salson, maître de conférence en informatique, critique cette couverture médiatique qui omet souvent de consulter des experts scientifiques pour démystifier le sujet.

La sourcellerie continue de fasciner, mêlant tradition et mystère en quête d’une vérité cachée. Alors que certains y voient une simple croyance, d’autres y trouvent une solution pratique à leurs problèmes d’approvisionnement en eau. Cependant, la question demeure : dans quelle mesure la sourcellerie peut-elle être considérée comme une pratique fiable et scientifique ?

Cet article s’appuie sur des sources vérifiées et l’assistance de technologies éditoriales.
Alexis Vernier

Produits, usages et culture numérique

Alexis Vernier

Alexis Vernier a préparé une thèse en physique des matériaux avant de travailler dans la médiation scientifique pour un musée. Il écrit pour TechGuru sur la science, l'intelligence artificielle, la robotique, la culture numérique et le jeu vidéo. Il ne cite une étude qu'après en avoir lu la méthode.