La Berlinale ou Festival international du film de Berlin, est un festival de cinéma compétitif. Un important marché de films, des rétrospectives et des sections parallèles complètent la manifestation, portée par la compétition internationale de longs métrages. Voici les 10 films qu’a sélectionné notre chroniqueur François Tinard :

Taxi

Réalisé par Jafar Panahi
Avec Jafar Panahi

Ours d’Or de cette 65ème édition avec Taxi, Jafar Panahi brille de toutes ses facettes comme réalisateur mais encore plus comme acteur, offrant une magnifique prestation d’un chauffeur de taxi iranien. Le film propose un nouveau regard sur l’Iran, infiltré dans son taxi, Panahi va rencontrer une multitude de personnes différentes, certaines le reconnaissent donnant lieu à d’épiques conversations, notamment ce moment hilarant avec un fan pirate de DVD. Au fil des conversations surgit le vrai propos du film, donner à voir un tableau contemporain de l’Iran.

El Club

Réalisé par Pablo Larraín
Avec Roberto Farías, Antonia Zegers, Alfredo Castro
El Club, Pablo Larrain

Crédit photo: La Tercera

Ce n’est pas certain que le film soit recommandé par l’Eglise catholique, tant le nouveau film du chilien Pablo Lorraín est un brûlot directement adressé au Vatican. L’histoire est à la fois choquante dans sa manière de montrer ce groupe de prêtres enchaîner les abus de toutes sortes, et aussi captivante pour ce qu’elle montre du pouvoir et des croyances de ce “Club”. Lorraín nous avait habitué à un travail brillant avec No (avec Gabriel Garcia Bernal), il récidive avec ce film puissant et subversif, il faut le voir.

Aferim !

Réalisé par Radu Jude
Avec Teodor Corban, Mihai Comanoiu, Toma Cuzin
Sortie prévue le 06/03

Surement la plus grosse surprise de la Berlinale 2015, Aferim ! remporte l’Ours d’Argent après avoir été qualifié par le Hollywood Reporter comme “la réponse de la Roumanie au film 12 Years A Slave“. Plutôt bien vu puisque le film cherche à rétablir certaines vérités historiques, en l’occurrence l’esclavage des gitans, une époque obscure et riche à la fois, contée en noir et blanc pour l’occasion. Juste et amusant, le film réussit à contextualiser et disséquer les origines du racisme en Roumanie, en attendant son pendant sur l’histoire des Indiens d’Amérique.

Queen of Desert

Réalisé par Werner Herzog
Avec James Franco, Nicole Kidman, Robert Pattinson

Un magnifique biopic proposé par Werner Herzog, Queen of Desert peint le portrait de l’exploratrice anglaise Gertrude Bell, superbement interprétée par Nicole Kidman, un challenge qui devrait aider l’Australienne à se relever du navrant Grace de Monaco. Gertrude Bell était aussi une espionne, travaillant au Moyen Orient pour le compte de la Grande Bretagne. Le film s’attarde sur cette époque de la vie de l’exploratrice et sa rencontre avec Lawrence d’Arabie, joué par Robert Pattinson.

Mr Holmes

Réalisé par Bill Condon
Avec Ian McKellen, Milo Parker, Laura Linney

Ce fut le festival de la rédemption pour Bill Condon, Mr Holmes fut très bien accueilli, contrairement à l’indigeste The Fifth Estate sur Julian Assange. Pourtant la tâche n’était pas particulièrement aisée aux vues des incalculables films et séries dérivés du cerveau d’Arthur Conan Doyle. Ian McKellen étincelle tout au long du film, incarnant un Sherlock vieillissant (93 ans tout de même !) à la mémoire vacillante, un détective sans fioriture, touchant.

Life

Réalisé par Anton Corbijn
Avec Robert Pattinson, Dane DeHaan, Ben Kingsley
Life, Anton Corbijn

Crédit photo: Indiewire

Un film qui en théorie devrait marquer les esprits, Anton Corbijn étant plutôt doué dans l’exercice du biopic romancé, son “Control” sur la vie du chanteur Ian Curtis est toujours un modèle du genre. Cette fois il s’attaque à un monument, James Dean, et malgré la qualité du long-métrage, le réalisateur n’apporte rien de nouveau sur le caractère de Dean, l’histoire montrant un James Dean sûr de sa force, mais toujours aussi mystérieux et approximatifs quand il s’agit d’évoquer sa vie privée. C’est un film correct pour les fans et une bonne mise à l’étrier pour les autres.

El Incendio (The Fire)

Réalisé par Juan Schnitman
Avec Pilar Gamboa, Juan Barberini
https://www.youtube.com/watch?v=Li1jUb2u9c8
Une autre superbe surprise du festival, un bijou venu directement d’Argentine pour nous émerveiller, huis-clos intense sur la violence invisible présente au sein d’un couple. Le film suit deux trentenaires sur le point d’acheter un nouvel appartement, mais le report de la signature va faire entrer nos deux personnages dans un état de frustration et de tension tel que la vraie nature de leur amour va se révéler, déchaînant une violence terrible. Un film majuscule dont les rôles principaux se devaient d’être donnés à de vrais acteurs issus du théâtre, magnifique.

Queen of Earth

Réalisé par Alex Ross Perry
Avec Elisabeth Moss, Katherine Waterston, Patrick Fugit
Queen of Earth, Alex Ross Perry

Crédit photo: Variety

Il paraît que l’enfer c’est les autres, surtout ceux qui vous connaissent le mieux comme en témoigne le nouveau film d’Alex Ross Perry, un arrêt sur image autour de la dépression nerveuse. Ainsi le film se base sur le personnage interprété par Elisabeth Moss, un personnage profond similaire à celui qu’elle jouait dans Listen Up Philipp, déjà d’Alex Ross Perry. Le film évite cependant de tomber dans le pathos affligeant, préférant la critique sociale de l’aristocratie vis-à-vis des perceptions et des idées plutôt que le plan larmoyant interminable.

Sworn Virgin

Réalisé par Laura Bispuri
Avec Alba Rohrwacher, Emily Ferratello, Lars Eidinger

L’histoire de Sworn Virgin suit une jeune femme forcée d’adhérer aux traditions ancestrales albanaises, elle se retrouve contrainte et soumise dans les montagnes isolées, jusqu’à ce qu’elle décide de devenir un homme. Le film aborde donc le thème très en vogue du transgenre, thème confronté au conservatisme albanais : cette femme a vécu pendant 14 ans comme un homme et elle souhaite désormais s’affirmer et recouvrir son identité, une ode à la différence.

Victoria

Réalisé par Sebastian Schipper
Avec Laila Costa, Frederick Lau, Franz Rogowski

Victoria est un film désorientant, vraiment étrange dans ce côté immersif qu’il a de s’imposer à nos sens, très Gaspard Noé, la violence en moins : le film s’ouvre sur un assaut coordonné sur nos sens, la dance music incessante se combinant aux lumières stroboscopiques et aux effets liés à la réalisation. Si vous n’êtes pas épileptique, vous pourrais alors voir la caméra de Schipper se centrer sur le personnage de Victoria, vous pourrez regarder la belle jeune femme danser, et sans vous en rendre compte ferez déjà partie de cet univers.

Crédit photo : Berlinale, Jafar Panahi