Ethan et Joel Coen en cinq films

Comme le dit si bien Redouanne Harjane, “aujourd’hui tout va trop vite”, et c’est plutôt vrai, à peine le temps d’apprécier un film, un livre, une œuvre artistique, qu’une autre prend le pas et l’oubli s’occupe du reste. Pourtant de grands noms ont déjà jalonné notre vie, la comblant d’images, d’émotions, de souvenirs ancrés à jamais dans nos mémoires. L’occasion pour Toolito d’exhumer certaines œuvres, le résumé de carrière longue comme le bras, quelques mots pour faire la différence entre le 7ème art et les films fast food.

Résumer la carrière des Frères Coen en 5 films, est une chose ardue si bien que la partialité est de mise dans cette nouvelle chronique, un classement purement subjectif qui n’a pas pour but d’établir une hiérarchie dans la filmographie mais davantage de proposer un voyage au cœur de l’imaginaire de deux monuments du cinéma, à moins que ce soit un monument à deux têtes.

Blood Simple – 1984


Et la lumière fut ! Un premier film et une première gifle, d’abord pour les hordes de critiques cinéma, déconcertées par un mélange des genres particulièrement réussi, et aussi pour les spectateurs qui devinrent rapidement des fans ou plutôt des fanatiques. Les frangins n’étaient alors que les petits nouveaux du circuit et tout de suite il est facile de comprendre que ces deux gamins allaient continuer leur ascension. Le scénario est magnifique, la réalisation novatrice, réussissant l’impossible, à savoir convertir une banale histoire de crime passionnel en un drame shakespearien. Ah oui j’oubliais les personnages, mémorables et si proches de nous dans leur manière de ne jamais comprendre ce qui se passe.


Barton Fink – 1991


La légende veut que les frères Coen aient eu un blocage durant l’écriture du non moins formidable Miller’s Crossing, quelques semaines de repos furent nécessaires et du néant jaillit Barton Fink, qui reste peut-être leur meilleure réalisation à ce jour. Le film est une dissection jouissante de la machine hollywoodienne, une plongée dans l’enfer des artistes, que les Coen aiment et revisiteront par la suite dans le sublime Inside Llewyn Davis (2013). Barton Fink a reçu à sa sortie quelques rares chroniques, personne ne voulait le voir ni même en parler. John Turturro et John Goodman, les deux acteurs principaux, offrent des prestations de hautes volées, des performances hypnotiques défiant toute logique. Il semblerait que les critiques de l’époque aient eu le nez creux puisque le film obtint finalement la Palme d’Or à Cannes, bien joué les puristes !

The Big Lebowski – 1998


D’une certaine manière le statut de film culte, statut pour le coup purement subjectif, a tendance à surpasser la qualité réelle d’un film, j’en veux pour preuve le bien trop surestimé Scarface. Dans le cas du Big Lebowski, l’appellation n’est pas usurpée : les frères Coen ont créé avec ce film une combinaison sans égale de personnages complètement allumés, d’humour digne des plus grands navets du cinéma, le tout malaxé dans un grand cirque qui en impose. Les dialogues majuscules sont habilement magnifiés pas un casting avec un c majuscule. L’absurdité générale du film, marque de fabrique déposée par les Coen hermanos, dont le meilleur représentant est le Dude (ah cette bonne vieille traduction française de m****) et sa paresse innée donne une perspective incroyable au film.

No Country for Old Men – 2007


Officiellement leur meilleur film, No Country for Old Men est un film à part dans l’œuvre de Joel et Ethan, ne serait-ce que pour le manque d’humour, un trait pourtant caractéristique de leurs films. D’une efficacité choquante, incroyablement incompréhensible, ce film a définitivement commencé le règne des Coen, un règne sur le grand Hollywood, qui les avait suffisamment boudé par le passé. Les éternels insatisfaits diront que le film possède une violence dénuée de sens, remplit de références sous forme de private joke ; mais au final un film est comme une peinture, peu importe la compréhension, notre propre mentalité sera insensée dans quelques années, tandis que le beau demeurera. Dans No Country les Coen restent à l’intérieur de leur bulle, ils font des ronds dans leur propre imaginaire, posant leurs conditions, et délivrent un film sans concession.

True Grit – 2010


True Grit est un film particulièrement lent, et là où cette remarque pourrait prendre la forme d’une critique, elle s’avère être en fait un compliment. Car oui un western est par définition un film lent, un bon western prend son temps, chaque respiration, chaque geste est une action notable et importante. L’exemple le plus connu reste sans doute la scène d’ouverture du fameux Il Etait Une Fois Dans l’Ouest du mythique Sergio Leone. Les frères Coen ont parfaitement assimilé les codes de la lenteur, cette corrélation entre le temps et la tension. La différence entre un western classique et celui-là est cet humour qui prend parfois le pas sur la tension, sans jamais le dominer. Jeff Bridges n’est pas le plus grand des acteurs mais sous les yeux avisés des frangins, il le devient.