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Présent au Bataclan lors des attentats du 13 novembre 2015, le groupe Eagles of Death Metal incarne le rock, et porte l’étendard des libertés.

C’est donc vrai, les revendications sous forme de répugnance outrancière de Daesh ont confirmé l’intention des terroristes de cibler tout particulièrement un pan de notre culture; le pan certes le plus rebelle et provocateur, mais aussi celui qui caractérise le mieux notre confort d’expression appelé « liberté ». Ciblée comme étendard de notre « perversité », la musique a donc pâtit une fois de plus de l’obscurantisme des faibles d’esprit, l’ignorance mêlée à la haine s’abattant sur des dizaines innocents « idolâtres », venus en masse saluer le dernier effort en date d’un excellent groupe de rock, les Eagles of Death Metal.

Eagles of Death Metal: les amuseurs du rock

Le groupe ou plutôt le super groupe, aux vues du nombre incroyable de talents présents sur chaque opus des Eagles of Death Metal, a commencé sa carrière avec un album remarqué en 2004 (le groupe, lui, existe depuis 1998), une véritable ode à la « perversité »: Peace, Love, Death Metal. Côté musique, le groupe est fidèle à son patronyme, délivrant de savoureuses incantations psychédéliques, que ne renierait pas The Eagles, enjolivées de riffs estampillés rock-qui-tache. Eagles of Death Metal, c’est une sorte de one-man-show musical, un rock cartoonesque qui se plait à rire de nos comportements conservateurs, le machisme en première ligne. C’est le projet récréatif de deux copains d’enfance, projet qui a su rassembler un plus large public, de par la notoriété grandissante de Josh Homme avec Queens of the Stone Age et aussi grâce aux atours légers et fleuris d’une musique qui transpire la liberté: et la liberté, elle sent bon quand elle transpire, elle a cette folie, cette authenticité et cette sincérité qui nous fait tellement défaut au jour le jour.

Du rire aux larmes

Il est plaisant de croire que le groupe n’était pas la cible des terroristes en tant que telle, certainement la libre communion d’individus écoutant ensemble du rock aura motivé ces combattants de l’absurde, mais la bêtise étant le corollaire de l’ignorance; il est également envisageable que les acculturés de la kalachnikov aient pris le nom du groupe au pied de la lettre, voyant là l’opportunité de frapper des impies, adorateurs de Satan. Et ben non, le titre ne fait pas référence à un groupe qui se proclamerait fer de lance d’un genre de musique extrême (mais tout autant passionnant !), le death metal.

Non, les musiciens d’Eagles of Death Metal, adeptes de bons mots, détail qui aura assurément échappé aux yeux voilés, souhaitaient jouer sur le côté marrant et improbable d’une rencontre entre le mythique groupe The Eagles et le death métal de Vader. Bref c’est une blague, comme l’est d’ailleurs la musique du groupe. Les fondateurs, Josh Homme (Kyuss, Queens of the Stone Age) et Jesse Hughes, se plaisent d’ailleurs dans ce concept de dérision et d’ironie, où sous couvert de paroles hilarantes, il s’agit avant tout de dénoncer ce même obscurantisme.

Que sont devenus les Eagles of Death Metal ?

Le 13 novembre dernier, au Bataclan, le groupe Eagles of Death Metal se produisait en France pour promouvoir son dernier album, Zipper Down, encore un titre fantaisiste qui a dû convaincre l’Etat Islamique du caractère hautement satanique du groupe. Le groupe s’en est sorti sain et sauf, et a bien évidemment annulé l’ensemble de sa tournée européenne. La famille élargie des Eagles of Death Metal a perdu un collaborateur précieux en la personne du responsable du merchandising, Nick Alexander, beaucoup de fans et certainement un peu de sa légèreté légendaire.