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Le prix du pétrole chute depuis quelques mois: est-ce une aubaine ou une danger pour l’économie mondiale ?

Depuis quelques semaines, une inquiétude croissante sur la stabilité économique mondiale se fait sentir, au point que plusieurs économistes prévoient des scénarios pessimistes. Mais faut-il pourtant s’inquiéter ? Comment faut-il interpréter les signaux économiques envoyés depuis quelques mois ? Tâchons d’y voir plus clair en analysant les principaux indicateurs disponibles. Et parmi ceux à retenir, l’un d’eux est essentiel: le prix du pétrole, qui est en constante baisse depuis quelques mois.

Un marché déséquilibré avec une offre trop importante

En l’espace d’un an et demi, le prix du baril de pétrole n’a pas cessé de baisser, pour atteindre un prix exceptionnellement bas, passant sous la barre des 30 dollars. À ce jour, le prix du baril de pétrole est moins cher que le baril lui-même. Il convient alors d’expliquer pourquoi le prix du baril atteint un si faible niveau. Deux causes majeures sont à retenir pour expliquer le phénomène.

D’abord, la production de pétrole de schiste américain s’est sensiblement accrue en l’espace de quelques années. Soutenue activement par les autorités fédérales, les exploitations auront permis aux Etats-Unis de devenir le premier producteur mondial de pétrole, en plus du titre moins enviable de premier consommateur mondial qu’il détient depuis longtemps.

Dans le même temps, l’Arabie Saoudite s’est décidée à maintenir sa production, afin de conserver ses parts de marché face à une concurrence de plus en plus forte, venant à la fois des Etats-Unis, mais aussi de la Russie et plus récemment de l’Iran. L’objectif de Ryad est d’ailleurs simple: favoriser une chute des prix pour forcer les pays concurrents à réduire leur production en fermant les puits les moins rentables.

En plus du rôle des petits pays producteurs, le marché est littéralement inondé par l’offre de pétrole alors que la consommation mondiale évolue moins rapidement. Une situation qui n’est pas sans conséquence pour les pays producteurs.

Un prix du baril défavorable pour les exportateurs

Pour les principaux producteurs de pétrole, ce prix très faible est une mauvaise nouvelle et suscite des inquiétudes au niveau mondial, tout particulièrement pour certains pays exportateurs dont l’économie repose grandement sur l’exploitation d’hydrocarbures.

En Russie, cette baisse du prix du baril – en plus des sanctions économiques européennes – engendre un ralentissement économique majeur: une dévaluation considérable du rouble conduisant à une baisse généralisée de 10% des salaires, une inflation annuelle de 15% et à une baisse de la consommation. Autant d’indices qui laissent présager un accroissement de la pauvreté et qui obligera la population et l’Etat russe à se serrer la ceinture dans les mois à venir.

Pour d’autres pays producteurs, dont les finances publiques reposent grandement sur la rente pétrolière, l’heure est à l’austérité budgétaire. L’Arabie Saoudite – dont 90% des revenus de l’Etat dépendent du pétrole –  n’est d’ailleurs pas épargnée avec un déficit budgétaire en 2015 de 21% du PIB ! Et 2016 ne s’annonce guère mieux, avec une prévision tablant à 19% malgré sa décision de conserver une importante production. Il en va de même en Algérie, voyant sa balance commerciale passée de 5,5 milliards de dollars d’excédents à 12 milliards de dollars de déficit.

L’illusion d’une aubaine pour les pays importateurs

Si cette situation semble en revanche enfin profitable pour les pays importateurs comme la France, cette aubaine n’est en réalité pas totalement avantageuse. A priori, le pétrole bon marché semble profitable pour le secteur du transport ou pour le budget des ménages et laisse planer l’espoir d’une relance de la croissance.

Mais à l’inverse, le secteur pétrolier est en difficulté. Les grands groupes comme Total et les fabricants d’équipements pour l’exploitation de pétrole souffrent de cette baisse des cours, prévoyant la destruction de milliers d’emplois dans le secteur et un ralentissement de l’investissement dans les prochains mois.

Par ailleurs, si le secteur pétrolier semble en difficulté, il ne faut pas se leurrer: la baisse du prix des hydrocarbures ne favorise pas non plus les énergies alternatives. Le pétrole, devenu bon marché, conduit à une baisse de la rentabilité des énergies renouvelables, encore trop peu développées pour pouvoir concurrencer les hydrocarbures. De quoi faire peser quelques craintes sur les jeunes entreprises innovantes dans le domaine de l’automobile ou des énergies vertes.

Crédit photo principale : Pixabay – PublicDomainPictures